Jury-Chant_Signe-NTH8-ON_OFF-2015

La langue des signes: une langue en soie, un corps en mots

Voici une copie d’un article rédigé par le sociologue Philippe Liotard suite à son expérience de Jury lors de la soirée « Tu as pris ta jupe ? » organisé par la Compagnie On Off :

« Non, non, il n’y a pas de faute d’orthographe dans le titre.
La soie, c’est une étoffe légère, précieuse, qui permet de fixer des couleurs éclatantes. La soie, c’est aussi le poil du cochon ou du sanglier dont on fait des brosses d’une qualité inégalable, d’une douceur ou d’une dureté parfaites selon la manière dont on le travaille, et même, comme c’est le cas des blaireaux à barbe, d’une douceur ferme. La soie, c’est enfin une partie effilée du fer d’une lame d’épée ou de couteau qui permet de la fixer dans son manche.

Dire que la langue des signes est une langue en soie, c’est donc bien sûr un jeu de mots. Elle est d’abord une langue en soi, c’est-à-dire une langue à part entière avec son vocabulaire, sa syntaxe, ses dénotations et ses connotations, reconnue officiellement en France depuis 1991 (seulement).

Elle est aussi une langue en soie au triple sens du mot soie. C’est ce que je me suis dit le jour où j’ai découvert la langue des signes. Le premier aperçu, je l’ai eu lors du festival « Regards d’avril » en 2014, notamment Fleur et Couteau avec Anthony Guyon et Un enfant assorti à ma robe sur un texte de Fabienne Swiatly, interprété par Anne de Boissy et Géraldine Berger. Ce festival de création en langue des signes propose aussi des créations bilingues et mêle théâtre, danse, poésie et ateliers artistiques (le festival se tient les années paires au NTH8).

Et puis cette année, le samedi 20 juin 2015, j’ai été invité à être membre du jury d’un concours de clips de chant signe (ou chansigne) organisé par la compagnie ON/OFF, dirigée par Anthony Guyon, dans le cadre des « Nuits des Hiboux ».
C’est là que j’ai pu voir que la langue des signes est une langue en soie.
De la soie du sanglier, elle peut avoir la douceur et la dureté selon l’intention de celui ou de celle qui parle. De l’étoffe, elle a la souplesse, la finesse, la lumière . Quant à la soie de l’épée? La langue des signes fiche la communication dans la chair, elle l’ancre dans le corps d’où elle tire sa force.
Bref, parler avec son corps, produire et exploiter une langue à partir d’une motricité inventée sans cesse, ça n’est pas rien, d’autant que les nuances son infinies, comme celles d’un ciel…. »


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